lundi 16 décembre 2013

Note d'intention Psyché


Tout projet de court-métrage passe par l'écriture d'un scénario et aussi d'une note d'intention.
Il s'agit d'éclairer en quelques mots le lecteur sur le point de vue de l'auteur. C'est une sorte de lettre ouverte qui permet de découvrir la personnalité de l'auteur, sa perception propre et singulière de l'histoire racontée.
Voici donc quelques lignes de Alexandra à propos de Psyché.


La rencontre avec PSYCHE

Un de ces jours vagues, où on ne sait plus vraiment comment ça a commencé, j’étais en grande conversation avec un homme d’une quarantaine d’année. J’évoquais ma difficulté à trouver un emploi. Il m’interpelle quelque peu en me lançant gravement : « vous avez un problème d’image... vous devriez vous maquiller... mettre un peu de couleurs.. » ! Légèrement sonnée, je revins dare-dare me poster devant mon miroir, objet de mon quotidien, parfois bienveillant, parfois cruel : « suis-je si terne que ça ? ... quelle image je donne ? ... que dit-elle de moi ? ». Dans la maturité de ma trentaine, l’injonction à la féminité et à une présentation soignée reviennent souvent telle une rengaine. Une amie me lançait un jour : « Oh, tu as mis du rouge à lèvre ! Ca te va bien... ça te réveille ! ». Moi qui m’évertuais à m’éveiller autrement, à me cultiver, à me « remplir », à m’approfondir, peut-être avais-je trop négligé cet aspect-là : l’image de soi ? Et, le maquillage, attribut et pratique séculaire de la femme par excellence, semblait être un moyen miraculeux d’y remédier. Pourtant, le souvenir de ces femmes qui entouraient mon enfance, mère et tantes, fardées des couleurs flashy des années 80, aurait dû me pousser à prendre la relève. Il n’en était rien : je trouvais ça « superficiel ». C’était une certitude à 20 ans, peut-être était-ce finalement de l’arrogance.

« La profondeur ne peut pas se passer d’une certaine superficialité » disait Nietzsche. A trop vouloir percer les mystères du caché, qui toujours nous intriguent, nous devenons aveugles du visible ou du trop visible. Historiquement affligé d’ « artificiel », de « subterfuge » voire de « mensonge », le maquillage semble être condamné à ne jouer que de la coquetterie, à se maintenir exclusivement dans une course à la séduction. Partant moi-même de ce préjugé, Marie-Ange, Jeannine et Marie-Madeleine allaient bouleverser mes idées préconçues. A travers le rapport qu’entretient ces trois femmes avec le maquillage, se tisse une relation bien plus complexe de la femme et de sa parure. La parure féminine a souvent été traitée dans son évolution historique, ou dans un contexte polémique (l’industrie des cosmétiques, la représentation de la féminité dans les images publicitaires..). Cette recherche effrénée de la beauté resplendissante, omniprésente dans notre société, s’immisce certes inévitablement dans leurs propos (question de la peau, des rides..) mais pas que. Le pourquoi de cette relation si particulière qu’entretient une femme avec ses cosmétiques ne peut se voir qu’à travers le prisme d’une beauté séductrice. Loin d’un parti-pris, d’un « pour ou contre » sur le maquillage, le lien qui s’opère entre la femme et son image fardée est bien plus existentiel. Les socio-esthéticiennes, en contact permanent avec la pratique cosmétique, d’ailleurs en parlent très bien. Comment juger une femme au maquillage outrancier derrière lequel se cache, volontairement ou pas, une grande souffrance voire un désordre psychologique évident ? Et même si elle représente un cas extrême, n’est-elle pas en résonance avec de nombreuses fragilités de femmes, comme moi et comme bien d’autres qui m’entourent ?

Le film, « Psyché », naissait. En interprétant les gestes du maquillage désirés ou abandonnés de ces trois femmes, il interroge la nébuleuse question de l’image de soi. Du « qu’est-ce que je maquille » au « pourquoi je me maquille », le geste cosmétique est un face à face avec soi et aux autres. Il est écriture et construit un langage. Dans l’intimité de la salle de bain, dans le face à face solitaire au miroir, objet de tension et de confession, la femme se scrute et analyse son geste. Que cache-t-elle ? Que souligne-t-elle ? Dans le miroir, elle se voit et se pare pour être vue. Entre ce que la femme ressent d’elle-même et ce qu’elle veut qu’on perçoive, la femme se prépare en conséquence. Que veut-elle dire ? Quelle femme veut-elle être en se fardant ? Cette image transformée correspond-t-elle à ce qu’elle ressent ? Et, quand elle est sans fard, qui est-elle ?


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